Interview Etienne Sicard – 25èmes Rencontres internationales d’orthophonie – 2025

Interview Etienne Sicard – 25èmes Rencontres internationales d’orthophonie – 2025

25èmes Rencontres Internationales d’Orthophonie

 

Entretien avec Etienne Sicard

Propos recueillis par Géraldine Hilaire-Debove, co-responsable des Rencontres d’Orthophonie décembre 2025

En quelques lignes, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours professionnel ?

J’ai fait des études d’électronique à l’Université de Toulouse puis à Bordeaux, avant de découvrir dans le cadre de ma thèse le monde des circuits intégrés, qui à l’époque commençaient à être utilisés notamment dans les tout premiers ordinateurs portables. J’ai été ensuite employé dans une start-up Toulousaine avant de partir en post-doc au Japon. Ma première expérience d’enseignement s’est faite en Catalogne pendant un an, avant d’être nommé à Toulouse comme Maître de Conférences à l’INSA de Toulouse, une école d’ingénieur qui forme à différents métiers, dont notamment les technologies de l’information et de la communication. J’ai développé divers outils informatiques, dont VOCALAB pour la prise en soin orthophonique de la voix et DIADOLAB pour la parole, au départ pour rendre service à Anne MENIN-SICARD, mon épouse, orthophoniste, puis dans un cercle de plus en plus large. Les projets ont pris une telle ampleur, et la responsabilité sociétale est devenue si forte que j’ai concentré mes recherches exclusivement sur les outils pour l’orthophonie, en rejoignant le LURCO pour créer et animer une équipe de recherches sur la voix (ERU 15) puis sur la parole (ERU 45).

Les rencontres 2025 au sein desquelles vous vas intervenir portent sur les maladies neurodégénératives. Selon toi, que(s) rôle(s) jouent les orthophonistes dans ce domaine ?

Difficile de répondre à cette question car mon travail est plutôt sur le versant recherche, sans lien direct avec les patients, en essayant de fédérer et accompagner les orthophonistes à introduire plus d’objectivité, de précision et d’efficacité dans leurs prises en soin. Je n’ai été que récemment « au contact » de patients atteints de l’Ataxie de Friedreich, une maladie neuro-dégénérative rare pour laquelle il n’existe pas de véritable traitement, mais où les orthophonistes jouent un rôle important dans le soutien, l’accompagnement et le maintien des capacités de communication du patient.

Pourquoi ces troubles t’intéressent-ils, pourquoi travailles-tu dessus, quels sont tes axes de recherche ?

Nous avons collecté et publié ces dernières années plus de 50 cas de prises en soin de pathologies de la voix et de la parole, qui ont montré qu’il était utile pour le patient de réaliser des exercices ciblés selon le type et le degré d’altération de son trouble. Les résultats objectifs, sur la base de métriques simples telles que le temps phonatoire, le débit, la richesse harmonique, la prosodie, etc. sont souvent probants, y compris en contexte de maladie neuro-dégénérative. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de fournir aux orthophonistes les outils et méthodologies visant à identifier et prescrire les meilleurs exercices, pour un résultat qu’on espère efficace et motivant pour le patient. Mais on doit garder à l’esprit que nous n’apportons pas de solution miracle, au mieux une capacité à maintenir pendant un certain temps des capacités de communications malgré la progression de la maladie.

Ton exposé portera sur « MADLEN, une aide à la prescription d’exercices d’après le bilan de la voix et de la parole : illustration sur des cas de dysarthrie parkinsonienne et ataxie de Friedreich » : Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Cela fait de nombreuses années que des orthophonistes nous demandent un outil à destination du patient, plus simple, moins technique et plus ciblé que les outils tels que VOCALAB ou DIADOLAB, qui sont avant tout destinés à la clinique. Grâce à l’appui de l’Association Française de l’Ataxie de Friedreich, mais aussi l’Institut du Cerveau de Paris, et en coopération avec de jeunes talents, nous allons pour la première fois présenter l’outil MADLEN, expliquer le cheminement depuis le bilan jusqu’à la prescription ciblée, et donner les premiers résultats issus de tests préliminaires auprès de quelques patients, dont certains atteints de maladies neuro-dégénératives, qui sont encourageants et nous motivent à aller de l’avant. Pour ma part, ce sera aussi un moment très particulier car je termine bientôt ma carrière universitaire, il sera donc temps de laisser la place aux jeunes !

Merci Etienne ! A très bientôt aux Rencontres !