Interview Anne Lafay


Entretien avec Anne LAFAY, orthophoniste, PhD et chercheuse postdoctorale

Propos recueillis par Sylvia TOPOUZKHANIAN, co-responsable des Rencontres Internationales d’Orthophonie 2018

ST. Bonjour Anne. Tu es actuellement chercheuse postdoctorale au Mathematics Teaching and Learning Lab, Concordia University de Montréal. Peux-tu nous en dire davantage sur tes recherches ?

Oui, en parallèle de ma pratique clinique en orthophonie (à temps partiel), je travaille dans ce laboratoire de recherche qui s’intéresse principalement au développement et à l’apprentissage en mathématiques chez l’enfant au développement typique. Pour ma part, je travaille sur deux projets principaux. Le premier investigue le lien entre langage et mathématique, en particulier le lien entre bilinguisme et développement mathématique : nous étudions l’effet de l’apprentissage en mathématiques dans une langue qui n’est pas la langue parlée à la maison. Le second projet étudie l’effet des objets de manipulation sur le développement de concept mathématique (numération à valeur positionnelle des nombres, calcul, résolution de problèmes) chez les jeunes au développement typique et chez ceux présentant un trouble des apprentissages en mathématiques.

ST. Quels sont les dispositifs de dépistage développés au Québec ?

Je crois que les commissions scolaires, les ordres professionnels (orthophonie, psychologie) ainsi que l’association des orthopédagogues seraient plus à même de te répondre. Toutefois, d’après mes observations, je peux  dire que le modèle de la Réponse À l’Intervention (RàI) est un cadre de l’organisation de services actuellement mis en place au Canada par exemple (MELS, 2011 ; MEES, 2015). Ce modèle d’organisation des services comprend des procédés d’évaluation et d’intervention s’appuyant sur les données de la recherche dans un système axé sur la prévention , lequel est constitué de paliers multiples destinés à maximiser la réussite des élèves. Le palier 1, niveau universel, comprend un enseignement de qualité dans lequel sont utilisés des programmes et des approches pédagogiques en salle de classe auprès de l’ensemble des élèves. Le palier 2, enseignement supplémentaire ciblé, est constitué d’interventions davantage ajustées en fonction des forces et besoins des élèves pour qui l’enseignement en salle de classe ne s’est pas avéré suffisant pour assurer un rythme adéquat des apprentissages. Le palier 3, niveau d’intervention intensif, comprend des interventions intensives, adaptées aux besoins spécifiques des élèves, généralement offertes individuellement.

ST. Y a-t-il des spécificités liées à la pratique orthophonique au Québec ?

À nouveau, je crois les orthophonistes travaillant en commissions scolaires et l’Ordre des Orthophonistes et Audiologistes du Québec seraient plus à même de répondre. Toutefois, mes expériences m’ont menée à faire quelques observations. Par exemple, d’un point de vue organisationnel, les orthophonistes travaillent au Québec sous le contrôle et les règles de l’Ordre ; une plus grande proportion d’orthophonistes travaille en public (salariat). D’un point de vue plus clinique, j’observe que la pratique basée sur les données probantes prend une grande part dans la formation et dans la pratique clinique.

ST. Selon toi, quels sont les enjeux du dépistage du trouble des apprentissages en mathématiques pour les orthophonistes ?

L’objectif du dépistage est d’identifier l’ensemble des enfants qui sont à risque de présenter un trouble des apprentissages en mathématiques pour, in fine, développer une vigilance de l’équipe scolaire et l’équipe de santé qui soient prêtes à offrir les meilleures interventions possibles. Le dépistage pourrait s’effectuer dans un contexte d’enseignement, de manière systématique, collective en classe par exemple. Le dépistage pourrait aussi être réalisé par les orthophonistes dans un contexte d’évaluation de patients déjà suivis pour d’autres raisons que mathématiques (trouble développemental de langage, dyslexie) et susceptibles de présenter des difficultés mathématiques.

ST. En quelques lignes, peux-tu présenter à notre lectorat le sujet de ton exposé lors de ces Rencontres UNADREO ?

L’objectif de mon exposé est de présenter deux études visant l’amélioration du dépistage et de l’identification des  enfants susceptibles de présenter des difficultés mathématiques. La première est l’élaboration et la validation d’un instrument de dépistage des enfants en difficultés mathématiques pour des élèves franco-québécois du primaire. La seconde est l’élaboration d’une version française du Numeracy Screener (NS-f) dont la traduction est valide par rapport à la version originale anglophone. Une méthode de traduction-retraduction a été utilisée. Je présenterai aussi une étude qui fait suite et qui concerne la normalisation d’un dispositif de dépistage comportant le NS-f et un test de fluence arithmétique pour la population franco-québécoise de maternelle à la 6e année de primaire.

ST. Merci Anne pour cette interview. Les lecteurs pourront aussi consulter ton récent article paru dans Glossa (www.glossa.fr) , intitulé « Version française du test Numeracy Screener (NS-f), un outil de dépistage des difficultés de traitement du nombre et des quantités ».

 



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